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  -Traditional crop and insights into the production of the coca leaf
-The coca legend

Bolivie : La legende de la coca : Feuilles de coca
Feuille de coca
   
La legende de la coca : Cocales dans les Yungas
Cocales (champs de coca) dans les Yungas
   
 

 


LA LÉGENDE DE LA COCA
 
I

Lorsque dans les nuits froides les indiens voyagent par l'altiplano ou par la montagne auprès de leurs ânes ou de leurs lamas chargés de lourds fardeaux, accroupis sur le sol dur, ils forment un cercle étroit, et le plus vieux ou le plus affectueux d'entre eux tire la coca de sa chuspa, et la dénouant, la met au centre du groupe, comme la meilleure offrande pour ses compagnons. Alors, silencieusement, ceux-ci prennent de petites poignées de la feuille verte, et commencent soigneusement la mastication. Pendant des heures ils font l'acculli, extrayant puis avalant le jus amer.

Quand ils ont tous commencé la mastication, il semble que l'esprit de ces parias s'éveille dans le silence de la nuit. Ils échangent des confidences sur les impressions, les espoirs et les peines qu'ils ont cachés pendant le jour.

Une fois, alors que je voyageais par l'altiplano, je fus obligé de passer la nuit en plein air, avec un de ces groupes d'indiens voyageurs. Transi de froid par le vent rigoureux qui soufflait dans la plaine déserte, je ne pouvais pas trouver le sommeil. C'est alors que, dans mon insomnie, j'entendis cette légende.

Ecoutez …

C'était le temps où les conquistadores espagnols étaient arrivés dans cette contrée.

Les jours qui suivirent l'hécatombe de Cajamarca furent cruels et sanguinaires. Les villes furent détruites, les récoltes abandonnées, les temples profanés et incendiés, les trésors royaux sacrés dérobés. Partout, dans les plaines et dans les montagnes, les malheureux indiens fugitifs, sans foyer, pleuraient la mort de leurs parents, de leurs enfants ou de leurs frères.

La race qui avait possédé des terres si fécondes était dans la misère, désespérée. L'inhumain conquistador, couvert de fer et avec ses armes qui lançaient un feu mortel, montait de vigoureux chevaux. Il chassait par les sentiers et les vallées ses victimes épouvantées.

Les indiens, sans défense, sans aucune protection, invoquaient en vain leurs dieux, en vain aussi se plaignaient en versant d’amères larmes; personne, ni au ciel ni sur la terre, n'avait pitié d'eux.

II Kjana - Chuyma, le yatiri

Un vieux yatiri appelé Kjana - Chuyma était, par ordre de l'Inca, au service du temple de l'Ile du Soleil, sur le lac Titicaca.
Il s'enfuit avant l'arrivée des blancs, emportant avec lui les trésors sacrés du grand temple. Il était décidé à éviter à tout prix que ces richesses ne tombent aux mains des amibitieux conquistadores. Aux prix de durs efforts, il était arrivé à cacher le trésor dans un endoit secret, au moins pour le moment, sur la rive orientale du lac Titicaca.

De sa cache, il ne cessait pas de scruter tous les jours les chemins alentours et la surface du lac, pour voir si les gens de Pizarro approchaient.

Un jour il les vit arriver. Ils prenaient précisément la direction de l'endroit où il se trouvait. Vite, il décida ce qu'il fallait faire. Sans perdre un instant, il jeta toutes les richesses à l'endroit où les eaux étaient les plus profondes.

Quand ils arrivèrent à l’endroit où il se trouvait, les Espagnols savaient que Kjana - Chuyma avait emporté avec lui les trésors du temple de l'Ile, avec l'intention de les soustraire à leur avidité. Ils le capturèrent pour lui arracher, par la force si nécessaire, le secret si ardemment recherché.

Alors qu’on l’interrogeait, Kjana - Chuyma refusa de dire le moindre mot. Puis il supporta avec un héroisme incroyable les terribles tortures qui lui furent infligées. Flagellation, brûlures, blessures... le vieux devin soutint la douleur sans jamais révéler où se trouvait le trésor.

Finalement les bourreaux, lassés de le tourmenter sans résultat, l'abandonnèrent, agonisant, pour poursuivre leurs recherches

Cette nuit là le malheureux Kjana - Chuyma, dans la fièvre de sa douloureuse agonie, rêva que Viracocha, le Dieu Soleil resplendissant, apparaissait derrière la montagne toute proche et lui disait :

- Mon fils, ton abnégation à protéger mes objets sacrés mérite une récompense. Demande moi ce que tu veux, je te l'accorderai.

- Oh mon Dieu bien-aimé ! répondit le vieillard, quelle autre chose puis-je te demander dans cette heure de deuil et de défaite, si ce n'est la rédemption de ma race, et l'anéantissement de nos infâmes envahisseurs ?

- Mon malheureux enfant, répondit le Soleil, ce que tu me demandes est maintenant impossible. Mon pouvoir ne peut rien contre ces intrus; leur Dieu est plus puissant que moi. Il m’a enlevé mon domaine et à cause de cela, comme vous tous, je dois me réfugier dans le mystère du temps. Mais avant de partir à jamais, je veux t'accorder quelque chose qui soit dans mes facultés.

- Mon Dieu, dit le yatiri attristé, si ton pouvoir est si limité, je dois penser soigneusement à ce que je vais te demander. Accorde moi la vie jusqu'à ce que je puisse décider de ce que je vais te demander.

- Je te l'accorde, mais seulement le temps d'une phase de la lune, dit le Soleil, avant de disparaître entre les nuages rouges.

III Un soulagement secret des dieux pour la triste race vaincue


La race autochtone était irrémediablement vaincue.

Les blancs, orgueilleux et despotiques, ne considéraient même pas les indiens comme des êtres humains. Les habitants de l'immense empire du Soleil, sans roi et sans chefs, dûrent supporter en silence l'esclavage pendant des siècles, ou s'exiler dans des régions lointaines où le pouvoir des envahisseurs n'était pas encore arrivé.

Un de ces groupes, dans de petites balsas de totora , traversa le lac et chercha un refuge sur la rive orientale, là où Kjana - Chuyma luttait avec la mort.

Les indiens, qui savaient tout de ce qui lui était arrivé, lui prodiguèrent les soins qu’ils purent. Kjana - Chuyma était l'un des yatiris les plus aimés de tout l'empire; aussi les indiens, autour de son lit de mort, pleuraient et se lamentaient.

Le yatiri, voyant ce groupe de compatriotes autour de son lit, se sentait affligé car il imaginait les temps de douleur et d'amertume que le futur reservait à ces malheureux.

Alors il se rappella de la promesse faite par le Soleil. Il décida de lui demander une grâce, un bien durable, pour le laisser comme héritage à son peuple. Ce ne serait ni de l'or ni une quelconque autre richesse, afin que le blanc ne puisse le soustraire. Ce serait un soulagement secret et efficace pour les interminables jours de misère et de souffrances.

Quand la nuit tomba, plein d'anxiété et alors que la fièvre l'exténuait, Kjana - Chuyma implora le Soleil d'écouter sa dernière requête. Quelques instants après, pris par un mystérieux élan, il se leva de son lit et sortit de la chaumière.

Kjana - Chuyma, dirigé par une force mystérieuse, arriva au sommet de la colline. Là, il remarqua qu'il était nimbé d’une grande clarté qui contrastait avec la nuit froide et silencieuse. Tout à coup, une voix lui dit :

- Mon enfant, j'ai entendu ta prière. Tu veux laisser à ton triste peuple un lénitif pour leurs douleurs et un soulagement pour les terribles fatigues qu'ils sentent dans leur désemparement ?

- Oui, oui. Je veux qu'ils aient quelque chose avec quoi résister à l'horrible esclavage qui les attend. Me l'accorderas-tu ? C'est la seule grâce que je te demande pour eux, avant de mourir.

- Bon, répondit la voix doucement triste. Regarde autour de toi. Vois tu ces petites plantes aux feuilles vertes et ovales ? Je les ai fait bourgeonner pour toi et pour tes frères. Elles permettront d'adoucir les peines et seront un grand soutien pour les fatigues. Elles seront un talisman inappréciable pour les jours amers. Dis à tes frères que, sans blesser les tiges, ils doivent arracher les feuilles, les faire sécher, et les mâcher. Le jus de ces plantes sera le meilleur remède pour l'immense peine de leurs âmes.

Après avoir reçu d'autres instructions, consolé, le vieillard rentra à sa chaumière alors que l'aurore commençait à éclairer la terre et à argenter les tranquilles eaux du lac.

Kjana - Chuyma se rendit compte qu'il ne lui restait plus que quelques instants de vie. Il réunit ses compatriotes et leur dit :

- Mes enfants, je vais mourir, mais avant je veux vous communiquer ce que le Soleil, notre dieu, vous a accordé dans sa bonté, par mon intermédiaire :

Allez sur la colline toute proche. Vous y trouverez de petites plantes aux feuilles ovales. Prenez soin d'elles, efforcez vous de les cultiver. Elles seront pour vous un aliment et un soulagement.

Dans les dures fatigues imposées à vous par le despotisme de vos patrons, mâchez ces feuilles et vous aurez de nouvelles forces pour le travail.

Dans les interminables voyages auxquels le blanc vous obligera, mâchez ces feuilles et la route se fera courte et passagère.

Au fond des mines où vous jettera l'inhumaine ambition de ceux qui viennent enlever les trésors de nos montagnes, quand vous serez sous la menace des rochers prêts à s'effondrer sur vos têtes, le jus de ces feuilles vous aidera à supporter cette vie d'obscurité et de terreur.

Quand votre esprit mélancolique voudra faire semblant de s’abandonner à un peu de joie, ces feuilles adouciront votre peine et vous aurez l'illusion de vous sentir heureux.

Si vous souhaitez connaître votre destin, une poignée de ces feuilles, lancée au vent, vous dira le secret que vous voulez ardemment connaître.

Et quand le blanc voudra faire la même chose, et qu'il osera utiliser ces feuilles comme vous, le contraire lui arrivera. Leur jus, qui pour vous sera la force et la vie, pour vos patrons sera un vice répugnant et facteur de dégénérescence.
Quand pour vous, les indiens, ce sera un aliment presque spirituel, pour eux ce sera l'idiotisme et la démence.

Mes enfants, n'oubliez pas tout ce que je vous dis. Cultivez cette plante. C'est le précieux héritage que je vous laisse. Ayez soin de la conserver, et répandez-là entre vous avec vénération et amour.

Ceci dit, le vieux Kjana - Chuyma laissa tomber sa tête sur sa poitrine et mourut.

Les malheureux indiens pleurèrent, inconsolables, la mort de leur vénérable yatiri. Pendant trois jours et trois nuits ils ne quittèrent pas sa dépouille. Finalement, il fallut l'enterrer. Pour cela, ils choisirent le sommet de la colline la plus proche. En un silencieux cortège, le cadavre du yatiri fut conduit audit sommet et enterré dans un entourage de plantes vertes et mystérieuses. Alors, les indiens se rappellèrent de ce que Kjana - Chuyma leur avait dit et, chacun d'eux prenant une poignée des feuilles ovales, commencèrent à les mâcher.

Alors le miracle se produisit. Au fur et à mesure qu'ils avalaient le jus amer, ils sentaient que leur immense peine s'adoucissait lentement ...

Traduit de Antonio Díaz Villamil, Leyendas de mi tierra, Editorial América srl, La PazA lire également : Agriculture traditionnelle et question de la coca
 
   

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